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Crise des marchés électriques : la chimie se mobilise mais exprime sa grande inquiétude

01/12/2016 - Energie

La dégradation des marchés de l’électricité en ce début d’hiver 2016, due notamment à la mise en service précipitée du mécanisme de capacité, va significativement peser sur la compétitivité du secteur de la chimie en 2017. Au-delà de l’aspect financier, se pose la question de la capacité du réseau. Les sites industriels de la chimie vont ainsi tout faire pour aider à stabiliser le réseau via ses capacités de cogénération et d’effacement de consommation électrique.

 

Des marchés électriques qui repartent à la normale après une période d’arrêt de réacteurs

 

A près une période critique de mise à l’arrêt de 18 réacteurs, l’Agence de Sûreté Nucléaire a annoncé, le 5 décembre, qu’elle autorisait le redémarrage de sept réacteurs nucléaires. Cette annonce a eu pour effet de détendre le marché de l’électricité, que à court terme comme à long terme. Si EDF estime que cela suffira pour passer l’hiver sans problème, RTE (Réseau de transport d'électricité) n’a pas fait de déclarations. En effet, il reste encore quatre réacteurs à mettre à l’arrêt et à inspecter d’ici à fin février. Si les tensions pourraient être plus modérées lors de ces arrêts, l’incertitude est plutôt à chercher du côté de la météo : en cas de grands froids, les capacités manquantes pourraient bien poser problème.

 

Retour sur la mise à l’arrêt de 18 réacteurs nucléaires et l’impact sur les prix de l’électricité

Au mois d’octobre 2016, l’ASN a demandé la mise à l’arrêt 18 réacteurs nucléaires. Pour des raisons de sûreté, suite à une enquête, des  vérifications techniques semblaient nécessaires. Si cette décision ne n’est pas à remettre en question, elle va avoir de lourds impacts sur les marchés. Il s’agit, en effet, d’une situation qui ne pouvait pas être prévue, et de nombreux sites n’avaient, à date, pas couvert l’intégralité de leur fourniture d’électricité sur 2017.

Il y a un an à la même date, les prix de l’électricité constatés par l’UIC étaient à 35 €/MWh contre 50 à plus de 100 €/MWh aujourd’hui. Début 2016, les prix étaient même tombés sous la barre des 27 €/MWh. Depuis, la remontée fulgurante des marchés dépasse le montant de l’ARENH[1] (42 €/MWh) et se trouve au-delà des limites de compétitivité acceptables pour des achats à moyens termes. Cette fébrilité des marchés a un impact différent pour chaque entreprise, en fonction de sa stratégie d’achat. Pour tout le monde, il s’agit d’un signal d’instabilité du marché, oscillant entre sur-capacité et sous-capacité, dégradant la visibilité à long terme des entreprises quant à l’impact financier de la transition énergétique qui prévoit la mise à l’arrêt programmée de certains réacteurs. 

Les conséquences attendues de la mise en place du mécanisme de capacité sur la compétitivité 

Par ailleurs, dans ces conditions, la mise en fonctionnement à marche forcée du mécanisme de capacité, destiné à garantir sur le long terme la sécurité d’approvisionnement électrique en France, accroît les risques de baisse de compétitivité de l’approvisionnement électrique français. Ce tout nouveau mécanisme impose aux fournisseurs d’acheter des certificats de capacités. Il pourrait coûter aux consommateurs, à partir du 1er janvier 2017, jusqu’à 20 €/kW (soit une augmentation de 2 à 6 €/MWh selon le profil de consommation) sans qu’aucun service additionnel ne leur soit offert. Il s’agit d’un impact de 20 à 50 M€ pour le seul secteur de la chimie. Qui plus est, il est prévu que le plafond de prix double pour 2018, et triple pour 2020. Ces conditions inacceptables sont autant de signaux négatifs pour l’investissement industriel.
L’UIC rappelle que les industriels de la chimie ne sont pas de simples spectateurs de ces remous sur le réseau. De longue date, la fédération s’est battue pour maintenir des capacités de production d’électricité sur site : les cogénérations. Bien que les installations de forte puissance aient été en majorité démantelées depuis 2010 pour des raisons d’accompagnement insuffisant, le secteur de la chimie a conservé une capacité de production de l’ordre de 900 MW, de quoi suppléer à un réacteur nucléaire à l’arrêt.
Par ailleurs, elle propose également des capacités d’effacement de consommation, c’est-à-dire la mise à disposition du réseau d’une possibilité de baisser la production de certains sites pendant un court laps de temps nécessaire au retour à l’équilibre du réseau. Certains sites participent par ailleurs à la sécurité des consommateurs prioritaires en proposant des capacités d’interruptibilité : des sites industriels seront ainsi coupés pour sauvegarder le réseau.
Dans ce contexte d’incertitudes quant aux évolutions du marché cet hiver, l’UIC rappelle qu’un guide[2] de bonnes pratiques est à la disposition des adhérents afin de permettre aux industriels d’effacer une partie de leurs consommations contre rémunération en cas de crise d’approvisionnement électrique.

 

[1] Accès Régulé au Nucléaire Historique Accès Régulé au Nucléaire Historique

[2]  Guide DT 117 relatif à la flexibilité de consommation électrique (incluant les effacements). Le mécanisme de capacité y est présenté de manière détaillé

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